L’urée de A à Z : pourquoi 360€/T vrac départ port ?

L’urée est l’engrais azoté le plus utilisé dans le monde. En France, l’urée occupe la troisième place avec 1,2 MT consommées contre 1,6 MT pour le SOLAZ et 1,7 MT pour l’Ammonitrate sur la campagne 2022-2023. Comme pour tout marché, le prix de l’urée est déterminé par l’équilibre entre l’offre et la demande.
Lorsqu'il y a une baisse des stocks ou en anticipation d'une consommation future, l’importateur contacte l’usine de production pour négocier un prix de départ (par exemple, en Égypte). Actuellement, l’urée s’achète à 340 $ départ Égypte, auxquels s'ajoutent 50 $ pour le transport, la manutention et les frais de dédouanement. En tenant compte de la parité Euro/Dollars (1,1054), le prix final de l’urée rendu au port vrac sera, lors de son arrivée dans 2-3 semaines, de 360 €/T.
L’importateur gère des volumes allant de 5 000 à 50 000 T par bateau, ce qui représente un risque financier considérable. Pour réduire ce risque, la stratégie consiste à vendre une première partie de la marchandise avant son départ à un prix attractif, puis à valoriser les marges une fois les stocks arrivés au port. Ce phénomène est également observé lors des « prix nouvelle campagne » des mois de mai-juin.
Prenons cette urée rendue au port dans 3 semaines ; il faut ensuite ajouter les frais d’ensachage compris entre 25 et 27 €/T, puis le coût du transport jusqu'à la ferme, ce ce qui porte le prix final rendu à l'agriculteur entre 400 et 430 €/T en Big Bag.
En fonction des besoins à la ferme (livraison rapide ou plus tardive), l’opportunité d’achat se décide en comparant le prix actuel (entre 390 et 420€/T) et la tendance probable.
Pour cela, il est essentiel de considérer les différents facteurs qui influencent le prix de vente du producteur (égyptien dans cet exemple).
Si le marché international pousse à la hausse des prix, les stocks français seront perçus comme « bon marché », sinon, il pourrait être judicieux d’attendre de nouveaux arrivages à des prix plus compétitifs.
Face à des prévisions de consommation internationale importantes, les producteurs d’urée n’ont actuellement pas d’incitation à baisser leurs prix. Les volumes seront donc prioritairement destinés à l’étranger, au détriment du marché français.
Les prix de l’urée influencent les prix des autres engrais azotés. La tendance générale semble indiquer une hausse prochaine des prix des engrais azotés.
A condition que la reprise de la consommation mondiale anticipée par les vendeurs se concrétise.
🔻 Facteurs baissiers
- Le prix du blé MATIF Décembre à 219,75 €/T, peu incitatif à la vente ; les agriculteurs préfèrent attendre de meilleures conditions, ce qui entraîne une faible demande en engrais.
- Parité Euro/Dollars favorable aux importations (1,10). L’urée étant importée en dollars, l’effet peut être important puisque une variation de 0.01 point de parité entraîne ~3€/T de variation de prix en euro. Fin Juillet la parité était de 1.09
🟢 Facteurs haussiers
- Hausse du prix du gaz depuis juillet, au-dessus du seuil de 35 €/MWh (le gaz étant le principal composant du coût de fabrication de l’urée, chaque augmentation de 1 €/MWh ajoute environ 6-8 €/T au coût de l’urée).
- Appel d’offres Indien pour de gros volumes (1,3 MT) et entrée sur le marché d'autres gros consommateurs (Brésil, USA). Une reprise de la consommation internationale peut tendre les prix et les volumes. Le Brésil à lui seul est un marché 6.7x plus important que la France avec 8MT d'urée consommé annuellement.
- Les risques géopolitiques en mer Rouge et en mer Noire représentent une double menace qui plane comme une épée de Damoclès sur les prix internationaux des engrais dans ces zones stratégiques, qui sont des régions clés pour la production d'engrais destinés à l'Europe. Bien que la situation actuelle n'ait pas encore d'impact significatif sur les prix, le moindre incident majeur pourrait entraîner des répercussions importantes et rapides.
Face à des prévisions de consommation internationale importantes, les producteurs d’urée n’ont actuellement pas d’incitation à baisser leurs prix. Les volumes seront donc prioritairement destinés à l’étranger, au détriment du marché français.
Les prix de l’urée influencent les prix des autres engrais azotés. La tendance générale semble indiquer une hausse prochaine des prix des engrais azotés, à condition que la reprise de la consommation mondiale anticipée par les vendeurs se concrétise.