🌾 Etat du marché
Le marché du blé biologique en France en 2024 est marqué par une série de tensions, notamment une forte baisse inattendue de la production de près de 50 % et une augmentation des importations pour compenser le déficit. En face de cela se trouve une consommation plutôt stable qui cherchera donc à compenser des volumes manquants. Cette situation reflète une conjoncture tendue qui devrait maintenir les prix élevés pour les campagnes à venir.
📉 Situation des stocks et de la production
Au début de la campagne, les stocks s’élevaient à 136 000 tonnes selon nos estimations, soit un niveau relativement confortable par rapport aux années précédentes. Cela fait suite à une campagne récolte 2023 record.
Par ailleurs, la production française sur la récolte 2024 a été révisée à la baisse par rapport à nos derniers chiffres d'août 2024, atteignant 205 000 tonnes, soit une perte de plus de 220 000 tonnes en raison d’une réduction des surfaces consacrées au blé bio. Le rendement moyen se maintient à 2,40 tonnes/ha sur une surface totale de 85 181 hectares (chiffres Delivagri).
Les dernières mises à jour donnent raison à notre dernière lettre du mois d'Août. Cette année nous ne passerons pas le cap des 210 000 T de blé bio Français ! Seulement 5 000 t en conversion soit le plus bas niveau depuis 2018-2019 , contre quelque 424 000 t en 2023.
Afin de répondre à la demande interne, les importations ont augmenté significativement, devant atteindre 50 000 tonnes, contre seulement 35 000 tonnes annoncées en août. Cette hausse des importations permet de limiter une rupture totale des approvisionnements sur le marché intérieur.
🌾 Consommation et exportations
La consommation reste soutenue, notamment par les meuniers avec 185 850 tonnes prévisionnelles pour la meunerie, tandis que les fabricants d’aliments pour bétail (FAB) consommeraient 85 000 tonnes. Les secteurs de l’élevage et des semences absorberait quant à eux 29 750 tonnes.
Sur le plan des exportations, la France a connu une réduction significative de ses volumes exportés, avec seulement 15 000 tonnes exportées cette année, une baisse marquée par rapport aux campagnes précédentes en raison d’une perte de compétitivité face à des concurrents comme la région de la mer Noire.
Ci dessous le graphique de la production par rapport à la consommation :

🔺 Facteurs haussiers
Demande soutenue et offre limitée : La demande reste forte, notamment de la part des meuniers et des fabricants d’aliments pour bétail, alors que l’offre est limitée en France. La baisse de la production, la perte des surfaces en bio et l’absence de conversion vers l’agriculture biologique amplifient cette tension sur le marché.
Stock de fin de campagne faible : Les stocks de fin de campagne sont prévus à 74 000 tonnes, un niveau relativement bas par rapport aux besoins nationaux. Cette diminution des stocks par rapport aux années précédentes maintient une pression haussière sur les prix, notamment en raison de la nécessité de sécuriser des approvisionnements pour les prochains mois.
Baisse des rendements : Avec un rendement moyen de 2,40 tonnes/ha, le marché du blé bio enregistre une productivité plus faible, ce qui réduit l’offre disponible. Cette baisse continue des rendements accentue la rareté du produit et soutient les prix élevés.
Faible conversion et déconversion en bio : Le manque de nouvelles conversions vers le bio, couplé à une tendance à la déconversion pour certaines surfaces, limite l’expansion des surfaces bio. Cette situation pourrait maintenir les prix élevés à moyen et long terme, en raison d’une offre structurellement limitée. Nous ne recensons que de très faibles surfaces en conversions actuellement.
🔻 Facteurs baissiers
Perte de compétitivité à l'export : Avec seulement 15 000 tonnes exportées, la France peine à maintenir sa position sur les marchés internationaux. Les prix compétitifs pratiqués par des pays comme ceux de la mer Noire érodent la demande pour le blé bio français à l’exportation, ce qui pourrait peser sur la dynamique de prix à long terme.
Augmentation des importations : Les prévisions d'importations, passées de 35 000 tonnes à 50 000 tonnes, viendraient ainsi soulager une partie de la pression sur le marché domestique. Bien que la demande intérieure reste forte, ces importations, à des prix compétitifs, freinent une montée trop rapide des prix. C'est ce qui explique une partie du seuil de prix atteint à ce jour et la stabilité actuelle.
Stagnation de la consommation : La consommation, notamment dans le secteur de la farine et des aliments pour animaux, reste plutôt stable. L’absence de forte reprise dans la consommation limite la possibilité d’une augmentation sur la longueur des prix.
Concurrence européenne : La pression des offres concurrentes d’autres pays européens, souvent à des prix inférieurs, représente un risque pour la part de marché française, en particulier dans les régions frontalières.
🔮 Perspectives futures : Maintien de prix plus élevés.
Le marché du blé bio est confronté à une offre restreinte, aggravée par la baisse des rendements et la stagnation des surfaces converties en bio. En conséquence, les prix devraient rester élevés pour les prochaines campagnes, car la tension entre l’offre et la demande persistera. Les producteurs devront également faire face à une concurrence croissante sur les marchés internationaux, tout en continuant à gérer des importations plus importantes pour répondre à la demande intérieure.
En conclusion, les prix du blé bio, déjà en forte hausse, pourraient se maintenir à des niveaux élevés en raison de la rareté de l'offre et de la demande soutenue.