Blé MATIF à 195 €/T : un marché européen fragilisé par l’abondance mondiale
🔍 Évolution récente du marché
Ces derniers jours, les marchés du blé et de l’orge conventionnels sur Euronext ont montré des signes de nervosité. Malgré un léger rebond technique, les cours restent proches de leurs plus bas annuels. Le blé meunier échéance décembre 2025 a cédé 2 €/t entre le 21 et le 22 août, pour revenir autour de 195 €/t. Cette pression résulte principalement d’une offre mondiale abondante, renforcée par l’arrivée progressive des volumes russes et ukrainiens.
La récente hausse de l’euro a également pesé sur la compétitivité des origines européennes, limitant leur accès à certains débouchés internationaux. Néanmoins, les tensions sur le blé de qualité en mer Noire, ainsi qu’un affaiblissement temporaire de l’euro en début de semaine, ont permis un léger répit sur les marchés.
📈 Facteurs haussiers
1. Tensions sur le blé meunier de qualité en Ukraine
Avec une récolte estimée à 21 Mt, seuls 10,3 Mt de blé ukrainien sont destinés à l’alimentation humaine, et parmi eux, 1,7 Mt seulement sont classés en qualité 1 ou 2. Cette faiblesse de l’offre qualitative limite les volumes exportables sur les marchés exigeants, offrant un soutien indirect au blé meunier européen, particulièrement sur les segments supérieurs.
2. Rebond technique sur le blé MATIF, soutenu par la faiblesse temporaire de l’euro
Le retour de l’euro sous les 1,17 $ a permis aux céréales européennes de reprendre un peu de compétitivité à l’international. Le blé MATIF, après avoir atteint ses plus bas, est parvenu à se stabiliser sur les échéances de fin d’année. Ce soutien technique pourrait servir de socle en cas de nouveaux signaux haussiers.
3. Moindre disponibilité d’orge à l’export en mer Noire
Les exportations d’orge ukrainienne sont en forte baisse (504 000 t contre 1,089 Mt l’an passé). En Russie également, bien que la récolte soit active, les volumes orientés vers l’orge sont limités. Cette raréfaction de l’offre disponible soutient les prix de l’orge sur Euronext, en renforçant la demande pour les origines alternatives, y compris françaises.
📉 Facteurs baissiers
1. Offre mondiale excédentaire, notamment en Russie
La Russie a récolté 60 % de son blé avec un rendement moyen de 3,87 t/ha, contre 3,5 t/ha l’an dernier. Cette production massive alimente les disponibilités mondiales et renforce la pression sur les prix internationaux. L’agressivité commerciale des opérateurs russes sur les appels d’offres tend à tirer les prix vers le bas.
2. Remontée récente de la paire euro/dollar
Même si l’euro s’est légèrement replié en début de semaine, sa récente envolée a fortement pénalisé les exportations européennes. Ce facteur monétaire a directement impacté le blé meunier, dont les cours ont baissé de 2 €/t entre le 21 et le 22 août. Une remontée durable de l’euro serait un frein majeur à toute reprise haussière.
3. Accélération logistique en Ukraine
L’augmentation des déchargements de wagons vers les ports du Grand Odessa (+77 wagons/jour) laisse entrevoir une accélération des exportations de blé et d’orge. Cette amélioration de la logistique portuaire permettrait une mise en marché plus rapide des volumes ukrainiens, accentuant la pression sur les cours européens.
📊 Notre sentiment de marché
Le marché du blé et de l’orge conventionnels reste indécis, pris entre deux forces opposées. D’un côté, les fondamentaux restent lourds, avec une offre mondiale bien supérieure à la demande. De l’autre, certains signaux comme les tensions qualitatives sur le blé ukrainien ou le recul des disponibilités d’orge apportent un soutien partiel.
La tendance est donc plutôt baissière à stable à court terme. Les marchés restent attentifs à l’évolution de la parité euro/dollar, aux flux sortants de la mer Noire, ainsi qu’à toute tension géopolitique susceptible d’affecter la logistique céréalière.
Dans ce contexte, nous anticipons une évolution du blé MATIF décembre 2025 entre 190 et 195 €/t sous l’effet d’une demande soutenue mais d’une offre mondiale encore pesante.