ITK du Colza

February 8, 2025
Dossier Agro

1. Introduction

Le colza est une culture oléagineuse stratégique en France, principalement cultivée dans la moitié nord du pays, notamment en région Centre et dans le bassin parisien. Il joue un rôle clé dans la rotation des cultures et constitue une source essentielle de production d’huile végétale et de tourteaux pour l’alimentation animale.

Statistiques de production

  • Production mondiale (campagne 2022/23) : 79 millions de tonnes.
  • Production française : 4,3 millions de tonnes, soit environ 5,4 % de la production mondiale.
  • Importations françaises : 1,5 million de tonnes pour répondre à la demande intérieure.
  • Rendement moyen en France : 31,9 quintaux par hectare.
  • Utilisation nationale :
    • Trituration (extraction d’huile) : 4,5 millions de tonnes.
    • Exportations : 1,3 million de tonnes.

L’intérêt pour la culture du colza repose sur ses multiples avantages agronomiques, environnementaux et économiques, mais elle nécessite une gestion technique rigoureuse pour optimiser son rendement et sa rentabilité.

2. Intérêts agronomiques et environnementaux

Le colza présente plusieurs avantages agronomiques et environnementaux qui justifient son intégration dans les rotations culturales.

Avantages agronomiques

  • Rupture du cycle des maladies et ravageurs : le colza permet de limiter la propagation des maladies fongiques et des insectes nuisibles spécifiques aux céréales, tels que la fusariose ou les pucerons vecteurs de virus.
  • Amélioration de la structure du sol : grâce à son système racinaire pivotant, il favorise la porosité du sol, limitant ainsi les phénomènes de battance et facilitant l’enracinement des cultures suivantes.
  • Valorisation des reliquats azotés : le colza capte efficacement l’azote minéral du sol à l’automne, réduisant ainsi les risques de lixiviation vers les nappes phréatiques.

Avantages environnementaux

  • Rôle mellifère : le colza attire les insectes pollinisateurs comme les abeilles, ce qui favorise la biodiversité et la pollinisation des cultures environnantes.
  • Couverture hivernale du sol : il contribue à limiter l’érosion et le ruissellement en maintenant une couverture végétale durant la période hivernale.

3. Préparation du sol et implantation

La réussite de la culture du colza repose sur une bonne préparation du sol et un semis bien maîtrisé.

Type de sol adapté

Le colza s’adapte à une grande variété de sols mais préfère les sols bien drainés avec une bonne réserve en eau et un pH compris entre 6 et 7,5. Il est déconseillé d’implanter du colza dans des sols hydromorphes où l’excès d’humidité pourrait favoriser le développement de maladies racinaires.

Préparation du sol

L’objectif de la préparation du sol est de créer un lit de semences favorable à une levée rapide et homogène.

  1. Travail superficiel du sol (déchaumage) :
    • Passage d’un déchaumeur à disques indépendant pour enfouir les résidus et réaliser un faux-semis, favorisant la destruction des repousses et adventices.
    • Éventuellement, application d’un herbicide total (glyphosate) si aucun travail du sol n’est prévu avant le semis.
  2. Reprise du sol avec un outil à dents :
    • Travail à 17-18 cm de profondeur pour ameublir le sol sans le bouleverser.
    • Cette opération permet également de conserver l’humidité nécessaire à la levée.
  3. Rouleau avant semis :
    • Il est conseillé de rappuyer légèrement le sol avec un rouleau pour assurer un bon contact terre-graine.

Choix variétal

Le choix de la variété de colza est essentiel pour optimiser le rendement et limiter les risques de maladies et de verse. Il est recommandé de privilégier des variétés :

  • Précoces à floraison pour attirer les méligèthes avant leur arrivée sur les autres parcelles.
  • Avec une bonne vigueur au départ pour assurer une implantation rapide.
  • Résistantes aux principales maladies comme le phoma et la cylindrosporiose.
  • Ayant une bonne teneur en huile, critère essentiel pour la valorisation en trituration.

Semis

  • Période optimale : de début août à septembre, selon les conditions climatiques et la région.
  • Méthode de semis :
    • Semis en ligne avec un semoir pneumatique (écartement recommandé : 12,5 cm).
    • Semis en strip-till possible pour préserver la structure du sol et limiter l’érosion.
  • Profondeur de semis : entre 1 et 2 cm, en évitant les semis trop profonds qui ralentissent la levée.
  • Densité de semis :
    • Objectif de 30 plantes/m² en sortie d’hiver.
    • Pour atteindre cet objectif, il est conseillé de semer à 35 grains/m², voire jusqu’à 45-50 grains/m² en conditions humides.
    • Cela représente 2 à 3 kg de semences par hectare, selon le PMG.

Une technique efficace pour limiter les attaques de méligèthes consiste à incorporer 5 à 10 % d’une variété très précoce dans le mélange de semences.

4. Fertilisation

Besoins en nutriments

Le colza a des besoins spécifiques en éléments minéraux qui doivent être couverts par des apports adaptés :

  • Azote (N) : 7 kg absorbés par quintal de grain produit. Pour un objectif de rendement de 30 qx/ha, il faut environ 210 unités d’azote/ha.
  • Phosphore (P₂O₅) : environ 90 kg/ha, avec une concentration en début de cycle (stade 5-6 feuilles).
  • Potassium (K₂O) : important pour la résistance au gel et aux stress hydriques, besoin d’environ 150 kg/ha.
  • Soufre (S) : élément indispensable, particulièrement en sols filtrants, apport recommandé de 90 unités/ha.

Plan de fertilisation

  • Fertilisation organique :
    • Apport de 10 T/ha de compost (fumier, digestat, compost vert) pour améliorer la structure du sol et l’activité microbienne.
  • Fertilisation minérale :
    • Fractionnement des apports azotés en deux applications à partir du 1er février.
    • En zones vulnérables aux nitrates, il est interdit d’apporter de l’azote avant le 1er février.
    • Apport de super 18 (soufre) autour du 15 février, à raison de 250 kg/ha.

5. Protection des cultures

Lutte contre les ravageurs

  • Surveillance des altises, méligèthes, charançons de la tige.
  • Utilisation d’insecticides en cas de dépassement des seuils de nuisibilité.

Lutte contre les maladies

  • Phoma, cylindrosporiose : traitement fongicide si nécessaire.
  • Hernie du chou : choix variétal essentiel.

6. Récolte et stockage

  • Récolte en juin, quand l’humidité des graines passe sous 9 %.
  • Utilisation d’une prolonge à colza pour minimiser les pertes de grains.

7. Rotation culturale

  • Colza – Blé tendre – Orge : rotation classique.
  • Colza – Blé – Tournesol : alternative pour limiter la pression des graminées et la résistance des adventices

Damien Pierre
Auteur
Damien Pierre

Je suis Damien Pierre, cofondateur de Delivagri. Je suis passionné par l'agriculture depuis mes études réalisées à l'ESA d'Angers. Sur ce blog, j'essayerai de vous partager ma vision de l'agriculture et les solutions que j'identifie pour apporter de la valeur ajoutée auprès des producteurs peu importe leurs choix d'agricultures.

Articles similaires