Point sur les derniers mouvements du marché

February 17, 2025
Analyse de marché

Les prix du blé sur le CBOT ont fortement progressé ce vendredi 14 février 2025, avec des hausses dépassant les 20 cts$/boisseau sur les échéances les plus rapprochées. Cette flambée des cours s’explique en grande partie par des achats spéculatifs et des rachats de positions courtes des fonds d’investissement. Parallèlement, les contrats sur Euronext ont aussi enregistré une progression, bien que plus modérée, notamment sur les échéances de nouvelle récolte (septembre 2025 à septembre 2026).

Sur les marchés physiques français, les prix du blé tendre ont augmenté, en ligne avec la tendance haussière mondiale, tandis que la demande export peine encore à se concrétiser. En parallèle, la baisse du dollar a renforcé la compétitivité des céréales américaines sur la scène internationale, ce qui pourrait limiter les opportunités pour le blé français à l’export.

Dans ce contexte, les conditions de culture en France se détériorent, avec une révision à la baisse des notations de FranceAgriMer. Seulement 73 % des blés sont jugés bons à excellents, contre 86 % en début d’hiver. Cette dégradation, causée par l’excès d’humidité dans certaines zones, inquiète les opérateurs. À l’international, les conditions météorologiques en mer Noire et aux États-Unis suscitent aussi des préoccupations.

📈 Facteurs haussiers

Dégradation des conditions de culture en France
FranceAgriMer a publié une mise à jour inquiétante des conditions de culture du blé tendre : seulement 73 % des surfaces sont jugées bonnes à excellentes, contre 86 % il y a quelques semaines. L’excès de précipitations et les sols gorgés d’eau risquent d’impacter le rendement et la qualité des grains. Si cette tendance se poursuit, la récolte française pourrait être inférieure aux attentes initiales, soutenant ainsi les prix.

Conditions météorologiques défavorables en mer Noire et aux États-Unis
Une vague de froid intense est attendue aux États-Unis (Plaines et Midwest), en Russie et en Ukraine. Le manque de neige expose les cultures aux risques de gel, ce qui pourrait affecter la production de ces grandes régions exportatrices. En Russie, IKAR a d’ailleurs révisé sa prévision de récolte de 130 à 129 Mt, mettant en avant un déficit d’humidité sur 75 % des surfaces de blé d’hiver.

Rachats de positions courtes des fonds d’investissement
Les spéculateurs, qui étaient massivement vendeurs sur le marché du blé, ont commencé à couvrir leurs positions, entraînant un fort rebond des prix sur le CBOT (+17 558 contrats achetés en une journée). Tant que ce mouvement se poursuit, il continuera de soutenir les prix, d’autant plus que les tensions géopolitiques autour de l’Ukraine alimentent l’incertitude sur le commerce mondial des céréales.

📉 Facteurs baissiers

Offre toujours abondante en Russie malgré une légère révision à la baisse
Même si la production de blé russe a été ajustée à 129 Mt, les volumes restent élevés. De plus, la Russie prévoit d’exporter jusqu’à 43 Mt de blé en 2024, maintenant ainsi une pression concurrentielle forte sur le marché international. La récente entrée en vigueur du quota à l’exportation pourrait cependant limiter cet effet à moyen terme.

Manque de demande à l’export pour le blé européen
Les récentes ventes de blé tendre vers l’Algérie et l’Arabie Saoudite montrent une nette préférence pour l’origine mer Noire, plus compétitive. L’OAIC algérien a notamment acheté entre 360 000 et 400 000 t de blé, principalement en provenance de Roumanie, Bulgarie et Ukraine, à des prix oscillant entre 262 et 263 $/t CIF. L’exportation de blé français reste donc sous pression, ce qui limite la hausse des prix sur Euronext.

Récolte australienne meilleure que prévue
L’Australie a annoncé une récolte de 12,45 Mt de blé en Australie-Occidentale, soit 1,6 Mt de plus que prévu. Cette révision à la hausse contribue à renforcer l’offre mondiale et pourrait peser sur les prix, surtout si d’autres origines, comme l’Argentine et le Canada, confirment des volumes satisfaisants dans les mois à venir.

🔍 Sentiment de marché

Le marché du blé est en phase de rebond technique, porté par des achats spéculatifs et des inquiétudes climatiques en mer Noire et aux États-Unis. Cependant, la hausse des prix doit encore être consolidée par une réelle demande physique, notamment à l’export.

À court terme, les prix pourraient encore progresser, surtout si les conditions climatiques en mer Noire se détériorent et si les fonds d’investissement poursuivent leurs rachats de positions vendeuses. Une fourchette de prix sur Euronext entre 230 et 250 €/t semble envisageable pour les prochaines semaines.

Toutefois, la présence d’une offre abondante, notamment en Russie et en Australie, et le manque de compétitivité du blé européen face aux origines mer Noire pourraient limiter l’ampleur du mouvement haussier. À plus long terme, la dynamique du marché dépendra de l’évolution des conditions de culture en France et en mer Noire, ainsi que de la demande export.

📌 À surveiller :

  • L’évolution des conditions climatiques en mer Noire et aux États-Unis
  • Les prochaines ventes export européennes et la demande chinoise
  • Les décisions politiques autour de la guerre en Ukraine et leur impact sur le commerce des céréales

Julien Laurent
Auteur
Julien Laurent

Julien à rejoint Delivagri en 2024.

Articles similaires