Le marché du blé demeure dans une dynamique globalement baissière

October 6, 2015
Analyse de marché

L’année 2024 a été une période marquée par des défis significatifs pour les producteurs de céréales biologiques. La volatilité des marchés, les conditions climatiques imprévisibles et les tensions géopolitiques ont mis les agriculteurs à rude épreuve. Cependant, elle a aussi révélé des opportunités pour les exploitants les plus résilients, notamment grâce à l’évolution des pratiques agricoles et aux nouvelles stratégies commerciales. Ce bilan a pour objectif de présenter les tendances majeures de l’année écoulée, soutenues par des données clés et des perspectives positives pour 2025. Nous examinerons les principaux facteurs influençant le marché du blé et les dynamiques à anticiper pour les mois à venir.

🗒 Les derniers jours sur le marché 🗒

Le marché du blé demeure dans une dynamique globalement baissière. Cette tendance s’explique principalement par une augmentation continue des exportations ukrainiennes, avec 9,5 millions de tonnes (Mt) de blé exportées depuis le début de la campagne 2024-2025, soit une hausse de 40 % par rapport à l’an dernier. La compétitivité des blés ukrainiens, soutenue par des coûts de production réduits, joue un rôle clé dans cette expansion. En revanche, la Russie a réduit temporairement ses exportations en raison de nouvelles taxes à l’export et d’une qualité des grains inférieure aux attentes, offrant ainsi une opportunité aux exportateurs européens.

Sur le plan mondial, la demande reste dynamique : l’Arabie Saoudite a récemment acheté 804 kt de blé pour des livraisons de février à avril 2025. D’autres pays, comme la Turquie et l’Algérie, ont également renforcé leurs achats pour sécuriser leurs stocks en prévision des prochains mois. En France, le marché physique reste stable avec un blé tendre rendu Rouen autour de 237 €/T. L’échéance mars 2025 sur Euronext a clôturé hier à 231,25 €/T. La demande locale reste soutenue, mais la pression concurrentielle des origines mer Noire se fait toujours sentir, impactant les marges des exportateurs européens.

📈 Facteurs haussiers 📈

🥠 Ralentissement des exportations russes 🥠

Selon les dernières estimations de SovEcon, les exportations russes devraient baisser de 20 % en décembre par rapport à novembre, conséquence directe des nouvelles taxes à l’exportation imposées par le gouvernement russe et de problèmes de qualité. Cela pourrait créer une ouverture pour les exportateurs européens sur certains marchés clés. La demande chinoise, qui s’oriente traditionnellement vers le blé russe, pourrait également se diversifier en réponse à cette évolution.

🚛 Perturbations logistiques sur la Moselle 🚛

La navigation sur la Moselle reste fortement perturbée en raison de travaux de réparation d’écluse. Cette situation devrait perdurer jusqu’à fin mars 2025 et affecter les flux de céréales vers l’Allemagne, ce qui pourrait soutenir les prix du blé sur le marché européen. D’autres défis logistiques, notamment les congestions portuaires en Europe du Nord, pourraient aussi avoir un impact haussier à court terme.

🧲 Demande soutenue en Afrique du Nord et au Moyen-Orient 🧲

Les récents appels d’offres de l’Arabie Saoudite et de l’Egypte montrent une demande constante dans ces régions. De plus, le Maroc, confronté à une sécheresse prolongée, maintient ses subventions à l’importation de blé, ce qui pourrait continuer à dynamiser les exportations françaises. La demande algérienne reste également un élément clé à surveiller, car elle pourrait renforcer la tendance haussière si des achats supplémentaires étaient annoncés.

📉 Facteurs baissiers 📉

🌾 Abondance des exportations ukrainiennes 🌾

L’Ukraine poursuit ses exportations à un rythme soutenu. Avec une production estimée à 56 Mt pour la campagne en cours, l’offre ukrainienne exerce une pression baissière sur les prix mondiaux, d’autant plus que ses coûts de production restent compétitifs. Les acheteurs asiatiques et africains favorisent de plus en plus cette origine en raison de sa disponibilité et de son prix attractif.

🛃 Révision à la hausse de la production australienne 🛃

Malgré des conditions climatiques difficiles, la production australienne a été révisée à la hausse, atteignant 11 Mt dans l’ouest du pays. Cette augmentation de l’offre mondiale renforce la concurrence sur les marchés d’exportation, en particulier en Asie. La demande chinoise, qui privilégie le blé australien pour sa qualité, contribue à stabiliser cette offre accrue.

🌧️ Amélioration des perspectives climatiques aux États-Unis 🌧️

Les précipitations récentes dans les principales régions productrices de blé des États-Unis améliorent les perspectives de rendement pour la prochaine récolte, ce qui pourrait accroître la pression baissière sur les cours. Les stocks américains, bien que légèrement en baisse par rapport aux années précédentes, restent suffisants pour répondre à la demande intérieure et à l’exportation.

💟 Sentiment de marché 💟

Le sentiment de marché reste neutre à légèrement baissier. Les perturbations logistiques en Europe et la demande soutenue des importateurs offrent un soutien temporaire aux prix. Cependant, l’abondance de l’offre mondiale, notamment en provenance de la mer Noire et d’Australie, limite les perspectives de hausse significative. L’évolution des politiques commerciales et des conditions climatiques sera déterminante dans les ajustements de prix des prochains mois.

Nous anticipons un intervalle de prix pour le blé tendre français sur Euronext, échéance mars 2025, entre 230 et 238 €/T au cours des prochaines semaines. Les évolutions géopolitiques (Russie-Ukraine), les conditions climatiques (notamment aux États-Unis et en Australie) et les décisions de grandes puissances importatrices (comme la Chine et l’Algérie) resteront des facteurs déterminants à surveiller attentivement. Une volatilité accrue est attendue, en particulier en fonction des prochains rapports de production et des ajustements des stocks mondiaux.

Damien Pierre
Auteur
Damien Pierre

Je suis Damien Pierre, cofondateur de Delivagri. Je suis passionné par l'agriculture depuis mes études réalisées à l'ESA d'Angers. Sur ce blog, j'essayerai de vous partager ma vision de l'agriculture et les solutions que j'identifie pour apporter de la valeur ajoutée auprès des producteurs peu importe leurs choix d'agricultures.

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